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Biographie

Donatien Alphonse François de Sade

Donatien Alphonse François de Sade

1740

2 juin : naissance à Paris. De quatre à dix ans, petite enfance dans le Comtat-Venaissin.

2 June: born in Paris. Spends his childhood years between the ages of four and ten in the Comtat-Venaissin region.

1750

Collège Louis-le-Grand et précepteur particulier.

Collège Louis-le-Grand and a private tutor.

1757

Entre aux Carabiniers du comte de Provence. Guerre de Sept ans.

Joins the Carabineers of the Comte de Provence. Seven Years’ War.

1763

Démobilisation. Mariage avec Renée-Pélagie de Montreuil. 15 jours d’emprisonnement pour « débauche outrée en petite maison », aggravée d’« impiété horrible ».

Demobilisation. Marries Renée-Pélagie de Montreuil. Imprisoned for 15 days for « excessive debauchery in a petite maison (house of assignation) », aggravated by « dreadful impiousness ».

1765-1766

Liaisons publiques avec des actrices et des danseuses

Public liaisons with actresses and dancing girls.

1768

Incarcéré 7 mois à Pierre-Encise pour flagellation et blasphème, ce qui devient l’affaire Rose Keller. Assigné à résidence dans son château de La Coste. Fêtes et bals.

Imprisoned for 7 months at Pi erre-Encise for flagellation and blasphemy, which became known as the Rose Keller scandal. Placed under house arrest at his castle, the château de La Coste. Parties and balls.

1772

Affaire des quatre filles de Marseille. Sade et son valet, accusés d’empoisonnement et sodomie, condamnés à mort par contumace. S’enfuit en Italie avec sa jeune belle-soeur. À son retour, arrêté à Chambéry et incarcéré au fort de Miolans en Savoie.

Scandal involving four prostitutes in Marseille. Sade and his valet are accused of poisoning and sodomy and condemned to death in absentia. Flees to Italy with his young sister-in-law. Arrested in Chambéry on his return and imprisoned in the Fortress of Miolans in Savoy.

1773

Évasion de Miolans.

Escapes from Miolans.

1774

Se terre dans son château de La Coste.

Lies low at the château de La Coste.

1775

Affaire des cinq filles de Vienne et de Lyon que Sade est accusé d’avoir « enlevées ». Nouvelle fuite en Italie.

Scandal of five girls from Vienne and Lyon, whom Sade is accused of «abducting». Flees to Italy again.

1777

Revient à Paris. Décès de sa mère. Arrestation et détention à Vincennes.

Returns to Paris. His mother dies. Arrested and detained in Vincennes castle prison.

1778

Cassation du jugement d’Aix. S’évade à Valence. Repris à La Coste et réincarcé à Vincennes.

The verdict delivered in Aix is quashed. Flees to Valence. Recaptured at La Coste and imprisoned in Vincennes again.

1782

Achèvement du Dialogue entre un prêtre et un moribond.

Completes Dialogue Between a Priest and a Dying Man.

1784

Transfert à la Bastille

Transfer to the Bastille.

1785

22 octobre-28 novembre, mise au net des Cent vingt journées de Sodome

22 October – 28 November, final revision of One Hundred Days of Sodom.

1788

Rédaction d’Eugénie de Franval et des Infortunes de la vertu.

Writes Eugénie de Franval and The Misfortunes Of Virtue.

1789

Mise au net probable de Aline et Valcour. Transféré à Charenton dans la nuit du 3 au 4 juillet, pour avoir, de sa fenêtre, incité la population du faubourg Saint-Antoine à venir libérer les prisonniers de la Bastille . Prise de la Bastille, pillage de ses effets et de ses papiers. Il restera persuadé que le manuscrit des Cent vingt journées de Sodome est définitivement perdu.

Probable final revision of Aline and Valcour. Transferred to Charenton on the night of the 3 t o 4 July for inciting the population of the Faubourg Saint-Antoine from his cell window to free prisoners in the Bastille. Storming of the Bastille; his personal effects and papers are plundered. He is convinced that the manuscript of One Hundred Days of Sodom is lost forever.

1790

Décret de l’Assemblée constituante sur les lettres de cachet : Sade est libéré le 2 av ril. Madame de Sade ne veut pas le re voir. Séparation prononcée le 9 juin. 1er juillet : Devient « citoyen actif » de la future Section des Piques. Début de sa liaison avec Marie-Constance Quesnet, qui ne le quittera plus.

Constituent Assembly decree abolishes lettres de cachet: Sade is freed on 2 April. Madame de Sade wants no further contact with him. Their separation is announced on 9 June. 1 July: becomes an « active citizen » in the fledgling Piques Section. Begins a relationship with Marie-Constance Quesnet, who will stay with him for the r est of his life.

1791

Publication (clandestine) de Justine, ou les Malheurs de la vertu. 22 octobre : première représentation de son drame Oxtiern.

Clandestine publication of Justine, or The Misfortunes of Virtue. 22 October: first performance of his play Oxtiern.

1792

Membre de la Section des Piques. Il y rédige plusieurs brochures politiques.

Member of the Piques Section. Produces several political pamphlets.

1793

Juré d’accusation, puis président de la Section des Picques. 8 décembre : arrêté arbitrairement et enfermé aux Madelonettes.

Grand juror and then President of the Piques Section. 8 December: arbitrary arrest and incarceration in Madelonettes prison.

1794

Prison aux Carmes, à Saint-Lazare, à la maison de santé de Picpus. Condamnation à mort, puis libération après Thermidor, le 15 octobre.

Imprisoned in the Carmes and Saint-Lazare prisons and in the Picpus prison hospital. Condemned to death then freed after Thermidor, on 15 October.

1795

Publication de La Philosophie dans le boudoir, (clandestin), et d’Aline et Valcour, ou le Roman philosophique, (officiel)

Clandestine publication of Philosophy in the Boudoir, and official publication of Aline and Valcour, or the Philosophical Novel.

1797

Publication de La Nouvelle Justine, suivie de L’Histoire de Juliette, (clandestins).

Clandestine publication of The New Justine, followed by The Story of Juliette.

1799

Reprise d’Oxtiern à Versailles où il habite pauvrement et joue dans sa propre pièce.

Revival of Oxtiern in Versailles, where Sade lives in straightened circumstances and acts in his own play.

1800

Publications (officielles) d’Oxtiern et des Crimes de l’amour.

Official publications of Oxtiern and The Crimes of Love.

1801

6 mars : arrestation chez son éditeur Massé. Saisie d’une édition de Justine et Juliette. Interné à Sainte-Pélagie comme auteur de l’« infâme roman de Justine » et de Juliette « ouvrage plus affreux encore », puis il est transféré à Bicêtre.

6 March: is arrested at the offices of his publisher Massé. Seizure of an edition of Justine and Juliette. Interned at Sainte-Pélagie as the author of the «odious novel Justine» and Juliette «an even more dreadful novel», and then transferred to Bicêtre.

1803

Sa famille obtient sa détention à l’hospice de Charenton. De juin 1803 à mars 1804, il rédige ses Notes littéraires.

His family has him detained at the Charenton asylum. Writes his Literary Notes between June 1803 and March 1804.

1805

Organise des spectacles avec les fous. Grand succès. On y vient de Par is.

Organises shows featuring the asylum inmates, which are very popular and attract audiences from Paris.

1807

Rédaction des Journées de Florbelle. 5 juin, saisie de ses manuscrits dans sa chambre.

Writes The Days of Florbelle. 5 June, manuscripts are seized from his room.

1810

7 juillet: mort de Madame de Sade.

7 July: Madame de Sade dies.

1811

Suite aux interventions du médecin-chef de Charenton, Royer-Collard, fin de son activité théâtrale.

Royer-Collard, the Chief Physician at Charenton, intervenes and Sade’s theatrical activities end.

1812

Début de sa relation avec la jeune blanchisseuse, Magdeleine Leclerc.

Begins a relationship with a young laundress, Magdeleine Leclerc.

1813

Publication (officielle) de La Marquise de Ganges.

Official publication of La Marquise de Ganges.

1814

2 décembre : mort à Charenton.

2 December: dies at Charenton

Chronologie de l'exposition

Archives de France, célébrations nationales

« Quelle qu’en soit la vogue momentanée, l’œuvre de Sade relève plutôt d’études pathologiques ou psychanalytiques que de la littérature et ne s’adresse qu’à des spécialistes ou des curieux. » N’en déplaise aux auteurs du Dictionnaire des lettres françaises, publié chez Arthème Fayard en 1960, Sade s’est imposé comme un écrivain majeur qui a sa place dans la Bibliothèque de la Pléiade et qui doit figurer parmi les commémorations nationales.

Issu, du côté paternel, d’une ancienne famille aristocratique provençale et lié par sa mère à la maison de Condé, Donatien Alphonse François semblait avoir tout pour réussir. C’était compter sans les difficultés économiques de nobles montant à Paris et rêvant d’une carrière de cour. C’était compter sans une inadaptation radicale dont on ne sait si elle est sociale ou psychologique : le père avait échoué dans une carrière diplomatique, la carrière militaire du fils tourne court dans des rumeurs de scandale. L’esprit de révolte le pousse dans des aventures libertines avec des courtisanes. Son mariage arrangé avec une riche héritière n’apaise pas le mal-être qui s’exaspère dans des violences relevant du droit commun : une séance de flagellation, compliquée de sacrilège, le dimanche de Pâques 1768, le mène en prison?; une séance avec son domestique et des prostituées à Marseille en 1772 enclenche une dynamique judiciaire qui ne s’achève qu’avec la fin de l’Ancien Régime. Des cavales en Italie, une existence de hors-la-loi en Provence après une évasion ne font que retarder l’incarcération. Arrêté sous une fausse inculpation d’empoisonnement, il est condamné à mort pour des relations homosexuelles avec son valet. La condamnation est commuée, mais, lassées du scandale et des dettes, la famille et surtout la belle-famille obtiennent une lettre de cachet qui relègue Sade à Vincennes, puis à la Bastille sans perspective fixe de libération.

Ce n’est sans doute pas la prison qui transforme le libertin en philosophe et en écrivain. C’est elle qui le contraint à la lecture, à la réflexion, à la création. Dès sa jeunesse, il s’est passionné pour le théâtre, il a composé des pièces, il s’est nourri de la liberté intellectuelle du temps. L’immobilité systématise ses idées.

Il expérimente les deux attitudes contradictoires de l’innocent, victime d’une persécution, et du criminel en esprit, capable des pires excès de pensée. Innocent, il compose des nouvelles, qui devraient faire de lui le Boccace français, et un ambitieux récit épistolaire, Aline et Valcour ou le roman philosophique, qui mêle Prévost et Rousseau. Il veut être reconnu comme un homme de lettres. Criminel en esprit, il compose le pire catalogue des perversions humaines dans Les Cent Vingt Journées de Sodome dont il cache le rouleau dans sa cellule. L’insurrection de juillet 1789 pousse l’administration à évacuer le prisonnier à Charenton dont seule la suppression des lettres de cachet lui ouvre les portes en avril 1790. Le marquis, devenu comte et chef de famille par la mort de son père, doit vite se changer en citoyen Sade. Il milite dans une section révolutionnaire. Jusqu’où a-t-il cru à la possibilité de changer la société?? À partir de quand a-t-il joué au jacobin?? Fidèle au prisonnier dans la détresse, sa femme s’est séparée du citoyen libre. Elle demande le divorce qui vient d’être établi et qui impose à Sade un strict contrôle de ses ressources.

Par nécessité et par conviction, le ci-devant devient écrivain. Il publie anonymement Justine ou les malheurs de la vertu (1791) qui dénonce les illusions de tout ordre providentiel, et prépare l’édition d’Aline et Valcour qu’il annonce sur la page de titre comme « composé à la Bastille un an avant la Révolution de France ». Il désavoue le premier texte et s’affiche comme l’auteur du second. Mais le propos est sans doute le même dans les deux. L’un décrit complaisamment les agressions sexuelles dont est victime la pieuse héroïne. L’autre suggère les mêmes sévices vécus par les héroïnes. Rattrapé par la Terreur et par son passé, Sade est arrêté pour modérantisme et comme homme de l’Ancien Régime. Condamné à mort, il échappe de peu à la guillotine.

Libéré par le changement politique, il publie en 1795 La Philosophie dans le boudoir, éducation libertine de la jeune Eugénie, à laquelle est lu le pamphlet Français encore un effort si vous voulez être républicains, et Aline et Valcour, rapidement remanié pour l’adapter à la situation. Justine sidère le public et connaît un succès de scandale que Sade prolonge en amplifiant le texte, en l’aggravant et en le dédoublant dans La Nouvelle Justine (1799), suivie de l’Histoire de Juliette, sa sœur, ou les prospérités du vice (1801). Le roman devient une épopée du mal, décrit successivement du point de vue de la sœur vertueuse et de la scélérate Juliette. Les scènes alternent avec les « discours » ou « dissertations », vaste collage de la littérature de voyage et des traités philosophiques des Lumières. La Mettrie, d’Holbach, Voltaire y sont recopiés et détournés. L’optimisme encyclopédique s’y transforme en une vision hallucinée de l’humanité et de la nature. Parallèlement, l’homme de lettres officiel donne le recueil des Crimes de l’amour, précédé d’une « Idée sur les romans », réflexion sur le genre romanesque.

Le pouvoir en train de se réconcilier avec la papauté et de rétablir l’ordre moral ne supporte pas le succès de Sade. Il enferme, définitivement cette fois, l’écrivain scandaleux qui ne renonce jamais à explorer ses hantises. Les écrits les plus violents ont été saisis et détruits, telles Les Journées de Florbelle, mais nous restent trois romans historiques dans le goût des romans noirs du temps. Sade sera redécouvert par les romantiques frénétiques comme Petrus Borel, par Flaubert, Baudelaire et leurs proches, avant d’être chanté par Apollinaire et les surréalistes, d’inquiéter les existentialistes, puis de servir de référence au groupe Tel Quel. Pourquoi le XXe siècle a-t-il pris Sade au sérieux?? a-t-on demandé. Parce que c’est un de nos plus grands conteurs de la cruauté et de l’absurde, un infatigable dénonciateur de tous les dogmes, un maître de l’humour noir et un poète de nos pires angoisses.

Michel Delon
professeur à l’université Paris-Sorbonne

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